Ouverture du 14ème Congrès de l'AC'DOM

21/04/2006 -

« Assumons ensemble nos responsabilités d’élus pour un développement durable et solidaire des communes d’Outre Mer »


La terre est bleue, la terre est rouge, elle est blanche, elle est aussi jaune que la banane tigrée qui se plait dans la rosée du matin et qui se fait faire la toilette par un oiseau taquin.
La terre est noire aussi noire que le cœur profond des abysses perdues.
La terre est là, la nôtre, elle est partout, et ailleurs à Mayotte, en Nouvelle Calédonie, en Polynésie, en Réunion, en Guyane, à la Martinique et elle est mouillée chez nous dans une mer chargée d’histoire, de cris, de gémissements d’esclaves, mais aussi de bonheur captif dans un rêve de plaisir.
Notre terre, celle que nous voulons garder dans un même idéal, habitable, colorée et vivante. Loin de l’actualité chaude des banlieues froides de la grande métropole.
Une terre préservée, en dehors des risques naturels, des dangers créés par une modernité sauvage et un mode d’emploi sans limites.
Une terre pour faire la politique comme on fait la musique, la poésie ou l’amour.
Une terre gérée pour faire honneur au citoyen modèle à l’abri des caricatures fabriquées dans la logique des systèmes affolés par l’obligation de résultats.
Une terre imbibée par la solidarité qui nous porte, fille et fils, arrière petite fille et arrière petit fils de l’esclave agonisant aux membres brisés par l’élan de la misère sale qui a fait l’opulence de maître esclavagiste.
Une terre reconnue comme un bien, comme une œuvre dont le tour de rein affole, comme la démarche féline et musicale d’une « chabine » maquillée pour un crépuscule romantique.
Je vous demande de pardonner ce lyrisme déplacé qui risque de déplaire, et de réfléchir sur le but de notre rencontre, sur ce que nous voulons faire ensemble.
Pour cela, il s’agit tout d’abord de nous organiser en utilisant comme les experts savent le faire , les structures d’une bonne organisation, en l’occurrence , celles de l’AC’DOM.
Réagir utilement et naturellement, dans notre milieu naturel, en faisant le meilleur geste sans mimer pitoyablement une technostructure dominatrice qui, en aucun cas, ne peut faire à notre place.
Voilà, ce que le 14ème congrès de l’AC’DOM se propose modestement, à nous faire identifier, analyser et à en trouver la meilleure réponse.
La gestion communale, notre responsabilité dans une démarche de préservation et de respect pour un développement durable, à Papeete, à Nouméa, à Fort de France, à Saint Denis, à Cayenne, à Mayotte ou à Goyave, la problématique de notre engagement d’élus dans le souci de faire bien et de faire mieux.
Chers amis, le management de la chose publique dans sa grande complexité, marié aux difficultés historiques et aux barrières géographiques, cela demande un grand courage.
Etre politiquement correct dans les départements et territoires d’outre-mer, avec des taux de chômage frisant les 40% ?
Etre socialement dans la bonne direction quand les tissus économiques dégradés brouillent les horizons de nos jeunes diplômés ?
Etre en mesure de préserver ce qui est fondamental, ce qui est le bien le plus précieux que nos parents nous ont légué ?
Le 14ème congrès de l’AC’DOM nous permettra d’en débattre courageusement et sans arrière pensée.
Trouver les réponses en identifiant les maux sans nous dépouiller de nos habitudes et de nos réflexes et en gardant notre identité.
Car si la maladie est universelle, les remèdes ne le sont pas.
Chaque homme, chaque esprit, chaque espace pour un homme et à chaque DOM, son Domien, à chaque TOM, son Tomien, à chaque ROM, son Romien.
Mon humour léger ne passe pas, mais il ne s’agit là que de la manifestation du profond respect que je vous porte et de la générosité légendaire de la Guadeloupe.
Si vous avez souri à ce que je viens de dire, c’est reconnaître que vous avez aimé. Et si vous souriez à nouveau, c’est que vous aimez deux fois plus et voire davantage.
Je suis intimement convaincu que plus en plus ensemble, nous serons de plus en plus forts afin de faire face aux enjeux du monde actuel.
« An ka di zot on bitin pou mwen fini. Zot vin a kaz an mwen, pas a kaz an mwen, sé kaz a zot”
Pour finir, je vous dis quelque chose : vous êtes venus chez moi parce que chez moi, c’est chez vous.
Bon congrès et merci de m’avoir écouté.

Jean LAGUERRE
Maire de Goyave,
Président de l’Association des Maires de Guadeloupe.