Syndicat Intercommunal Alimentation en Eau et d’Assainissement de la Guadeloupe

XIVème Congrès de l’Association des Communes d’Outre-Mer 

Intervention de M. Amélius HERNADEZ, Président du SIAEAG

«  La gestion de l’eau potable dans la Caraïbe » 

Lundi 14 novembre 2005, à l’occasion  du Conseil d’administration de l’ACD’OM

 SIAEAG - Labrousse – Gosier

Mesdames et Messieurs, Chers Collèges,

 

C’est avec beaucoup de plaisir que le SIAEAG, a ouvert ses portes ce matin pour accueillir le Conseil d’Administration de l’ACD’OM.

Ce moment est aussi rempli d’émotion car je souhaiterais saluer la mémoire d’un de nos collègues, Jimmy LOUIS qui nous a quitté il y a quelques mois, et qui était avec nous à Nouméa à l’occasion du précédent Congrès.

En sa mémoire, je vous invite à observer une minute de silence afin de rendre hommage à cet administrateur du SIAEAG, représentant de la Ville de Pointe-à-Pitre qui n’a jamais ménagé son énergie au service des collectivités qu’il représentait.

 

Je vous remercie.

 

Le Président de l’ACD’OM, Jean-Claude CHRISTOPHE et son équipe ont souhaité que je vous entretienne quelques minutes sur la question de l’eau potable dans la Caraïbe, ce que je ferai bien volontiers, après vous avoir brièvement présenté l’institution que je préside, depuis 1995, avec la collaboration efficace de 25 autres administrateurs dont certains sont présents aujourd’hui pour vous recevoir. (noms des administrateurs présents).

Le Syndicat Intercommunal d’Alimentation en Eau et d’Assainissement de la Guadeloupe existe depuis 1963 et regroupe actuellement 13 communes sur les 34 communes que compte la Guadeloupe, mais nous produisons plus de 70% de l’eau consommées sur tout notre Archipel. Nous desservons une population de 200 000 habitant soit plus de la moitié de la population de notre Archipel, pour environ 60 000 abonnés à l’eau potable et 20 000 abonnés au service assainissement.

Le patrimoine SIAEAG se compose notamment de 5 usines de production d’eau potable dont 1 construite en 2001 pour le traitement des pesticides, 48 réservoirs de stockage, 9 stations de pompage et plus de 400 kilomètres de conduites d’adduction d’eau et plue de 1400 kilomètres en distribution.

Plus de 40 millions de mètre3 d’eau potable sont annuellement produits.

Deux prestataires privés, la Générale des Eaux (pour l’eau potable) et la SOGEDO (pour le service d’assainissement) sont les fermiers du SIAEAG. A ce propos, il convient de noter que notre collectivité est en période de renouvellement des contrats et, que par conséquent, la priorité de notre institution est l’aboutissement des procédures de délégation de service public actuellement en cours.

Enfin, le SIAEAG emploi à son siège 17 agents dont 6 cadres pour un budget 2005 de 14 M d’€ en investissement et 13 Md’€ en fonctionnement.

Cette année, avec la mise en service de ce nouveau siège, notre collectivité franchit un nouveau cap vers plus d’efficacité au service de nos administrés. Car, tous nos efforts sont, bien évidemment, tournés vers la satisfaction des usagers du service de l’eau et du service
d’assainissement. Notre grand principe est de fournir à l’usager de l’eau de qualité et en quantité et cela à un prix abordable et équitable pour tous.

Pour en venir au thème principal de mon intervention, à savoir, la gestion de l’eau potable dans la Caraïbe, je dirai que, dans ce domaine, deux réalités cohabitent, même si du point de vue de la géographie et des caractéristiques climatiques, tout unit les différentes îles de l’arc antillais.

En matière de gestion de l’eau potable, la situation des Départements Français d’Amérique (Guadeloupe Guyane et Martinique) diffèrent de celle des états souverains voisins en raisons de législations très éloignées.

En effet, dès l’origine et plus encore avec l’application des normes européennes, notamment à travers la directive-cadre de 2000, les obligations faites aux collectivités locales responsables, en France, de l’alimentation en eau potable sont considérablement plus contraignantes que celles en vigueur chez nos voisins de la Caraïbe.

Pour faire court, et d’un point de vue tout à fait objectif, je dirai qu’aucun de nos voisins de la Caraïbe ne dispose d’une eau potable conforme aux critères de potabilité auxquels nous sommes tenus en Guadeloupe, comme en Martinique ou en Guyane, pour une raison essentielle qui est que les législations ne sont pas les mêmes.

A ce stade, il faut rappeler succinctement les principales règles qui caractérisent le droit français concernant la qualité de l’eau destinée à la consommation humaine.

L’obligation de délivrer une eau propre à la consommation impose à toutes les collectivités gestionnaires ou à leurs exploitants d’effectuer des analyses de contrôle tout le long du traitement.

De surcroît, des services de l’Etat (DSDS) exercent une mission de contrôle de la qualité des eaux distribuées.

Chez nos voisins de la Caraïbe, les mêmes obligations existent, toutefois, les critères de mise en distribution de l’eau sont moins contraignants. En effet, pour eux, la priorité est la fourniture d’eau, la notion de potabilité étant secondaire. Ainsi, l’eau potable destinée à la consommation humaine est prise en charge par d’autres circuits de distribution.

Comme vous le constatez, Mesdames et Messieurs, ces obligations supposent sur nos territoires, la mobilisation de compétences et de moyens techniques importants qui participent à la formation du prix de l’eau. Une des grandes difficultés de l’activité de gestion des services d’alimentation et de distribution de l’eau potable est de convaincre les usagers que le caractère irréprochable de l’eau dont ils disposent justifie le prix demandé en contrepartie.

A l’évidence, et je m’exprime ici en qualité de Président du SIAEAG, en Guadeloupe, nous devons encore intensifier nos efforts en matière de la communication.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles, depuis 10 ans, le SIAEAG organise les « J’eau » qui permettent, tous les 2 ans, un grand débat public autour des questions de l’Eau.

La Vème Edition des « J’eau », organisée par le SIAEAG et le SICSM, s’est tenue au mois d’octobre dernier, sur le thème de la « Responsabilité Caraïbéenne ». Et je profite de l’occasion, pour saluer le Président du SICSM, Gentil EREPMOC, qui m’a fait l’amitié être avec nous ce matin.

Mesdames et Messieurs, je suis de ceux qui ont toujours considéré comme essentiel le travail de réflexion et d’impulsion effectué par l’ACD’OM et qui gagnerait à être mieux connu des élus et de la population en général.

Ainsi, c’est grâce à une motion adoptée lors de notre dernier Congrès, à Nouméa, que le projet de loi sur l’eau, actuellement en cours d’examen au Parlement, comporte une disposition relative au maintien dans les DOM jusqu’en 2007 du FNDEA.

C’est dire combien, les travaux menés à l’occasion des Congrès de l’ACD’OM, sont susceptibles de recevoir un écho national. Dans ce contexte, je souhaiterais que les travaux de ce XIVème Congrès, permettent la prise en considération de la situation particulière de certaines îles de la Caraïbe et spécialement de celles de l’archipel Guadeloupéen qui confronté à des difficultés majeures en matière d’approvisionnement en eau.

Je pense ici à la situation de Terre de Haut et Terre de Bas, de Capesterre,
Saint-Louis et Grand-Bourg de Marie-Galante, de Saint-Martin et Saint-Barthélémy.

Dans ces communes, nous aurions tout à gagner en nous inspirant des pratiques développées dans certaines îles de la Caraïbe s’agissant de l’utilisation de réseaux secondaires comme nous l’ont indiqué les représentant de Saint-Domingue présents en Guadeloupe le mois dernier à l’occasion des J’eau.

En effet, ces îles de notre archipel, la ressource en eau est rare et aujourd’hui, sous l’effet d’une législation très stricte, une eau d’une très haute qualité est utilisée indistinctement pour l’alimentation humaine, pour des usages domestiques tels que le lavage de voitures, l’entretien des espaces verts voire même pour les chasses d’eau dans les toilettes.

Il s’agit là, de mon point de vue d’une utilisation de l’eau très éloignée de l’objectif de gestion économe de la ressource que nous nous sommes fixé à travers le SDAGE en Guadeloupe en 2003.

C’est la raison pour laquelle je serai particulièrement heureux que le XIVème Congrès de l’ACD’OM délibère en faveur de la mise en place par le législateur de mesures d’aide et d’incitation à la réalisation de réseaux secondaires dans les habitations nouvelles ou réhabilitées sur le territoire des collectivités d’outre-mer.

Ces aides pourraient s’inspirer des dispositions prises pour favoriser l’utilisation des chauffe-eau solaires et qui ont prouvé leur efficacité.

Dans les jours prochains, compte-tenu du thème choisi cette année pour les débats de l’ACD’OM, de nombreuses pistes de réflexion seront abordées et je suis certain, qu’une fois de plus, les travaux de notre association permettront de faire avancer de nombreux dossiers importants pour nos collectivités. Je conclurai donc mon intervention en vous souhaitant à toutes et tous bon travail.