Discours d'ouverture du Congrès

Plaidoyer pour une ACD’OM offensive et reconnue   

 

En 1848, l’abolition de l’esclavage libéra les esclaves mais pas les terres, qui demeuraient la propriété des colons, et c’est dans ce contexte que les nouveaux libres durent survivre.

 

Ne connaissant, pour la plupart, que l’environnement des habitations qui les avaient vu naître, démunis et affamés ils devaient retourner sur l’habitation de leur ancien « maître », acceptant le prix que ce dernier voulait bien leur donner pour leur force de travail.

 

Beaucoup nourrissait secrètement l’espoir de louer ou d’acquérir, un jour, un petit lopin de terre pour échapper à cette dépendance alimentaire. Quand ce rêve devenait réalité, le plus dur était d’en faire un jardin. Ce qui réclamait des heures de travail, mais seul, cela s’avérait impossible. D’où la solution de mettre en commun les atouts qu’ils avaient : la force de travail et l’expérience. Cette méthode de travail solidaire a donné naissance à tout un ensemble de pratiques communautaires, qui organiseront leur vie quotidienne. C’est ainsi qu’en Haïti le koumbit, en Guadeloupe le koud men (coup de main à La Réunion) furent les fondateurs d’un vivre ensemble, qui structurera les nouvelles sociétés créoles.

 

Depuis, le choix du modèle sociétal anglo-saxon comme instrument de progrès a relégué, très rapidement, ces pratiques solidaires au rang d’agissements ridicules, désuets voire rétrogrades, au point de les ranger dans le placard du folklore régional.

 

Oui, incontestablement il y eut progrès ! Mais si cette illusion, de départements ayant un produit intérieur brut comparable à celui d’un pays développé persiste, c’est grâce à une perfusion ininterrompue libellée « transferts sociaux ».

  

Si aujourd’hui, la république incite à chercher quelques bienfaits à la colonisation, que cela lui soit fort aise. Pour l’heure, cette dichotomie se traduit par une forte diminution de l’activité agricole, d’un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale, un société à deux vitesses (les fonctionnaires et les autres), une montée importante de la délinquance juvénile, une économie d’import-distribution, pour ne citer que les plus emblématiques. Elle stigmatise le réel de certaines populations ultramarines.

 

Les citoyens de ces îles là, plus proche de la collectivité communale devenue un véritable laboratoire, où le Maire est devenu la Mère qui doit apporter, avec ses collaborateurs, des réponses a tous les maux, même aux situations qui, très souvent, ne sont pas de sa compétence. Mais, doublement éloignées des centres de décisions, les communes d’outre mer sont esseulées face aux nombreux problèmes rencontrés.

  

L’Association des Communes D’outre Mer en se posant comme lieu d’écoute des édiles des îles, partageant des problématiques transversales et s’interrogeant sur des solutions alternatives, est devenue une force nécessaire et utile. De cette énergie à conjurer l’exclusion naîtra le besoin de créer un espace de réflexion institutionnel et c’est ainsi que naît le Congrès. La philosophie qui guidait cet espace de réflexion, d’échanges de savoirs-faire, la charpentera, au point d’en faire un moment attendu de tous nos adhérents, lieu de rendez-vous de l’outre mer français.

  

C’est bien à nos congrès que furent posés en précurseur des sujets comme l’esclavage crime contre l’humanité, l’immigration clandestine en outre mer, l’histoire de l’outre mer dans les livres scolaires, etc 

 

Beaucoup de nos motions et résolutions ont reçu, officiellement, peu d’échos mais sachez qu’on les retrouve parfois, lors d’une lecture attentive, dans certains textes administratifs dont certaines phrases dégagent une sémantique proche d’une philosophie insulaire. Cette stratégie de l’indifférence, nous désespérant moins qu’hier, fortifie notre confiance à persévérer pour que la parole commune construite soit transportée et partagée.

  

« An san sanm nou ké lité, an sanm nou ké gannyé », en citant le slogan d’un sendika Gwadloupéyen, qui n’a d’identification que le pays qui lui a donné naissance, ce n’est pas pour aider à la montée du drapeau, mais bien signifier que l’ACD’OM sait aussi faire des propositions. Comme celle, d’une étude sur le problème du personnel communal en outre mer, qui avec le surcoût salarial (40 % en Martinique,Guyane et Guadeloupe, 53 % à La Réunion, 75 % en Polynésie française) grève les budgets communaux.

 

Paradoxe, même dans nos rangs, nos congrès en outre mer sont parfois l’objet d’allusions qui, s’ils ne sont pas mal intentionnés, insidieusement participent à créer l’ambiguïté. Pour l’exemple, on prétend qu’il a fait échouer le oui à l’évolution statutaire du 7 décembre 2003, car des élus Martiniquais, défenseurs du oui, « dansaient le tamuré avec des vahinés à Bora Bora », lors de notre congrès de Polynésie Française.

 

De là à dire que nos congrès, en outre mer, ne sont que des prétextes, à faire du tourisme, « Rapidement, la pirogue traversa le fleuve ». A leur décharge, dans leur rapport de mission des élus ont mis de l’enthousiasme à venter la splendeur de ces îles. Mais, est-ce de notre faute, si nos territoires sont beaux ? Si Tahiti et Bora Bora sont des destinations mythiques ? Si une destination comme la Nouvelle Calédonie relève du rêve, pour des Antillo-guyanais ?

  

Ces imaginaires témoignent qu’au-delà même de la beauté des paysages, ces congrès en outre mer participent au renforcement, inconscient et conscient, des liens entre nos territoires. Car toucher aux réalités locales, comme l’Etat qui possède la quasi totalité des terres en Guyane, la place du droit coutumier dans les accords de Matignon et Nouméa, mais surtout son importance dans la vie du peuple Kanak, voire les conséquences de l’immigration comorienne à Mayotte, éclaircissent le ciel de notre compréhension de l’ailleurs, donc de l’autre. Nombreux sont aussi les relations de toutes sortes qui se nouent, pour longtemps peut-être, de souvenirs qui resteront gravés dans nos cœurs, pour toujours assurément. 

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 En injectant des centaines de milliers d’Euro dans l’économie locale, l’ACD’OM porte sa modeste contribution au développement du territoire accueillant le congrès. Voilà ! Cet aspect est trop souvent occulté, d’autant qu’elle lui restitue une quote-part des cotisations versées.

  

Enfin, l’organisation d’un tel événement nous oblige à faire appel à de nombreux partenaires. Oeuvrant sans intermédiaire, c’est avec un étonnement mêlé de plaisir que nous avons retrouvé cette immédiate solidarité, quand nous évoquions notre désir d’offrir à nos congressistes un accueil digne de la Guadeloupe.  An ké baw on koud men (je t‘aiderais). Dèk sé pou gwadloup an ké fè kékchoz (dès que c’est pour la Guadeloupe, je ferais quelque chose)

  

Cet esprit cher à la coopérative qu’est la solidarité se construit au quotidien, car il privilégie le dialogue, la confrontation des idées, la répartition des tâches et l’efficacité de chacun au service de tous. Souhaitons bonne chance à ceux qui, depuis des années, travaillent imprégnés de cette conscience, 20 ans c’est demain.

  

Quand à « OUTREMAG spécial congrès », la revue gratuite de ce XIVème congrès, elle n’aurait pas été éditée sans le concours de nos annonceurs. Pour le rédactionnel, sans âme elle aurait été, sans les articles écrits spontanément par des intellectuels Guadeloupéens. Ce qui n’a fait que renforcer nos convictions sur la puissance d’une dynamique solidaire et sincère quand elle est sous-tendue par des idées justes et des convictions Nous les remercions pour leur gracieuse contribution

 

Ce sentiment enfoui, ressurgissant avec modestie, nous rappelle que la solidarité est à la base de toute communauté humaine. Dès l’origine le rêve ACDOM(ien) s’inscrivait dans la même logique avec en plus le souci d’être indépendant de toutes instances, de tous ministères, de toutes idéologies, de manière plus prospective, s’interdisant toute ascendance d’un territoire ou d’une personne. Mais les utopistes avaient oublié la rumeur. Si!

  

La rumeur, le plus ancien des médias, dans son anticonformisme colportant des secrets virtuels dit-on, faits de vérités vraies ou de vraies vérités, n’a pas épargnée notre institution, C’est désagréable !

 

Mais a côté, en interpellant notre sagesse, la tragédie qu’a vécue la Martinique, brutalement, nous a ramené définitivement à l’essentiel.

 

Bien que présente au stade de Dillon, l’ACD’OM a une pensée, particulière, pour les communes adhérentes touchées par cette catastrophe et tous ceux qui pour les mêmes raisons ne peuvent pas participer à ce congrès.

  

Oui, l’organisation du congrès n’a pas été chose facile. Mais c’est fort de l’engagement respectif, de la Communauté de Communes du Nord Grande-Terre, du SIAEAG, des communes de Saint-François, de Baie-Mahault, du Gosier, de la ville de Pointe-à-Pitre, de la ville des Abymes, de l’Association des Maires de Guadeloupe, du Conseil Général et du Conseil Régional, que nous vous proposons cette programmation.

 

Merci aux différents intervenants, dont les contributions proposées devront permettre d’en faire un congrès studieux.

  

La commune du Gosier Présidant à la destinée de l’ACD’OM, c’est avec respect et simplicité que je remercie le Maire Jean-Pierre DUPONT et mes collègues du conseil municipal, l’administration et les agents territoriaux, pour la confiance qu’ils me font ainsi que le soutien et les aides portées à la réussite de ce XIVème Congrès. Merci à toutes et à tous !

 

 Un merci chaleureux au Secrétaire Général Lilian MALET, au délégué pour les Antilles-Guyane Alex BANGOU, au Trésorier Théogat BALZINC et au secrétaire adjoint Isbert CALVADOS qui seront, avec moi, à vos côtés lors de XIVème congrès.

  

Cher congressistes, bon travail et passez un agréable séjour en Guadeloupe.

  

« Ensemble, nous gagnerons à faire de l’Association des Communes D’Outre Mer, une force de proposition forte et respectée de tous, au service du développement durable et solidaire de nos territoires d’outre mer »

 

  

                                                           CHRISTOPHE Jean-Claude Sulpice -Président -